Ecriture

Genre d’écriture – La description

En transition entre l’Itinéraire 1 : Histoires de listes, du Livre 1 – Premiers pas pour écrire le monde dans la Partie 1. Être et dire : de la liste à l’inventaire des sens* que je viens de terminer, et l’Itinéraire 2 : De la boussole au calendrier… que je vais aborder dans la prochaine étape, j’ai appris le sens de la description dans l’écriture créative. Bien entendu, vous et moi connaissons le sens général du terme « description » sans pour autant nous attarder sur ses vertus ni sur les différentes formes qui existent. En tout cas et pour ma part, je ne m’y étais pas attardée de façon sérieuse. Voici une bonne occasion pour le faire.

Page livre description citation paragraphe
Travail d’écriture sur la description pour réellement terminer cet Itinéraire 1 – Histoires de listes

Sommairement, la description est un genre d’écriture et correspond à la représentation de personnages, d’objets, de lieux… dans un récit. Elle figure la réalité des personnages, des objets, d’un paysage… par des mots afin de les rendre « vrais, sensibles, audibles, visibles… » et que « tous ceux-là (…) participent au déroulement de l’action », comme si le lecteur vivait cette action.

Cité par Faly Stachak dans la section de son livre relative à ce sujet, Flaubert disait :

« Il n’y a pas dans mon livre, une description isolée, gratuite ;  (…) toutes servent à mes personnages et ont une influence lointaine ou immédiate sur l’action. »

Il existe deux formes de description : la description neutre et la description subjective. Je vais ainsi m’atteler à écrire un texte court pour chaque type de description.

La description neutre : donner à voir

Comment : « décrire de la façon la plus neutre et la plus exacte possible ce que l’oeil et les autres sens perçoivent, et ce sans jamais essayer d’interpréter le réel que l’on a sous les yeux. » (1)
Pour quoi : « créer un univers, une atmosphère, à éveiller l’imaginaire dans un mouvement proche de l’image cinématographique. »(2)

« Au milieu de la terrasse, une table ronde à quatre pieds en fer forgé. Son plateau est façonné en zellige (astérisque bas de page : mosaïque), de couleurs bleue et jaune. Quatre chaises surmontées de coussins ronds en tissu vert complètent ce mobilier de jardin. Comme la table, elles sont également en fer forgé. Quelques parties sont corrodées par la rouille, particulièrement au niveau des pieds arrondies. Le sol de la terrasse quant à lui a été oeuvré avec des petites briques en forme de losange. Le temps et la pluie l’ont usé. Posés à un pas de la table au niveau du sol, trois pots en terre alignés contre le mur, avec sur chacun d’eux une décoration différente. Dans le premier pot se trouve un pied de clémentinier dont les feuilles sont fournies mais certaines, rongées par des champignons, sont de couleur noire. Dans le deuxième pot – celui du milieu – est planté un bougainvilliers dont on distingue entre les feuillages des fleurs couleur grenat, c’est la période de la floraison. Dans le troisième pot s’érige un pied de ficus, les deux tiers du tronc sur sa partie basse laissent voir des marques de griffure de chat.

La description subjective : donner à imaginer

Comment : restituer le réel en s’appuyant sur la subjectivité et l’imaginaire, décrire selon un certain point de vue en faisant usage d’images, de comparaisons, de métaphores… en appuyant sur certains traits.
Pour quoi : « pour donner à sentir et à voir un monde recomposé – pour ne pas dire « décomposé » »(3)

« Au milieu de la terrasse, noyée par les doux rayons de soleil du matin, se trouve une table ronde à quatre pieds en fer forgé. Son lourd plateau est façonné en zellige**, avec des carreaux bleu turquoise sur fond blanc. Une couleur bleue qui rappelle en mémoire le village de montagne de Chefchaouen avec sa multitude de nuances, un émerveillement pur pour les yeux et une source d’apaisement pour l’esprit ; une couleur blanche qui fait repenser à la médina d’Assilah et ses murs blancs immaculés avant le début du festival culturel pendant lequel une poignée d’artistes peintres fait de celle-ci une galerie d’art à ciel ouvert. Quatre chaises surmontées de coussins ronds en tissu vert complètent ce mobilier de jardin. Comme la table, elles sont également en fer forgé. Quelques parties ont été corrodées par la rouille, particulièrement à la base des pieds de forme arrondie, sans aucun doute immergés dans l’eau durant les périodes de grosses pluies.
Le sol de la terrasse quant à lui a été oeuvré avec des petites briques en forme de losange, tels les alvéoles à miel dans les nids d’abeilles. Des briques d’une jolie forme mais d’une grande fadeur… Le temps et la pluie l’ont usé… ce sol, qui auparavant devait être d’une belle couleur ocre et d’une jolie brillance.
Posés à un pas de la table au niveau du sol, trois grands pots en terre sont alignés contre le mur, dont l’état laisse penser que des enfants étaient passés par là : on y devine des gribouillages mal nettoyés. Dans le premier pot se trouve un pied de clémentinier dont les feuilles parfumées sont fournies mais certaines, de couleur noire, rongées par des champignons lui donnent un air triste et presque pitoyable. Dans le deuxième pot – celui du milieu – est planté un très beau bougainvilliers dont on distingue entre les feuillages des fleurs grenat, d’une couleur flamboyante, comme l’envie d’exister au milieu de ce tas de vert. Bien entendu, c’est la période de la floraison. Dans le troisième pot s’érige un pied de ficus, les deux tiers du tronc sur sa partie basse laissent voir des marques de griffure de chat, tantôt des rayures légères comme si c’était un chaton, tantôt de balafres plus importantes comme l’aurait fait un grand chat sauvage. Ses écorces sont comme en souffrance mais le ficus ne peut pas se défendre contre toute agression de ce type.

Heureusement pour lui, la nature est bien faite, les écorces cicatrisent.

Chefchaouen ville bleue patio vu de haut zellige
Tout en nuances de bleu – Vue plongeante sur le patio et ses tables en zellige dans un lieu d’hébergement à Chefchaouen

Plut haut, j’avais écrit que j’allais rédiger un texte court, mais semble-t-il, je m’étais un peu mésestimée, imaginant à l’avance que je ne pourrai probablement pas produire plus de dix lignes… 
J’ai aimé me prendre au jeu et me laisser aller. 
Maintenant, le contenu est-il « vrai, sensible, audible, visible » comme devrait l’être un récit avec l’usage de la description ? C’est à vous de me le dire.

*(1)(2)(3) Faly Stachak, Ecrire, un plaisir à la portée de tous. 350 techniques d’écriture créative. Eyrolles, Onzième tirage 2014
** Zellige : le zellige (de l’arabe : petite pierre polie) est une mosaïque dont les éléments, appelés tesselles, sont des morceaux de carreaux de faïence colorés. Ces morceaux de terre cuite émaillée sont découpés un à un et assemblés sur un lit de mortier pour former un assemblage géométrique.

4 Comments

  • leti

    De très jolis textes, bonne semaine Alina

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  • Christine

    Oh la la, ton blog devient de plus en plus passionnant, Alina !
    Pour ta description, bien sûr je préfère la deuxième…J’ai eu l’impression d’être au Maroc le temps de la lecture (peut-être qu’un jour nous irons, si je me décide à monter dans un avion…).
    Donc : “vrai” je n’en sais rien, mais “visible” et “sensible” oui ! Ta description m’a fait éprouver des sensations de toucher, presque des odeurs…
    Cela me donne envie d’en faire autant…pour mes pierres et mes bijoux!
    Je crois que je vais faire acheter ce livre à la Médiathèque…
    Bises

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    • AlinaRakotosonBabelon

      Ooooh merci beaucoup Christine, ton commentaire me fait vraiment plaisir et m’encourage à continuer car si tu as ressenti diverses sensations à la lecture de mon texte, c’est que je n’ai pas raté mon exercice.
      Et aussi, je suis ravie de savoir que tu aimes lire mes publications !
      Oui, ce livre est vraiment très bien, tu devrais ! Surtout comme tu envisages d’écrire sur tes pierres et tes bijoux, je suis persuadée que tu en sortiras de très beaux textes 🙂
      Bises

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