Inventaire de mon sac – l’objet élu : ma pochette en artisanat malagasy

L’exercice de ce jour, dans mon itinéraire « Histoire de listes« , consiste à travailler la description puis la narration. Pour cela, la suggestion est de vider ses poches ou son sac et de faire une liste des objets qui s’y trouvent, de choisir un objet en particulier, de le décrire et de rédiger une narration autour de celui-ci.

pochette carnet de note écharpe éventail sac à main livre de poche le sang de la trahison statuette ganesh boule de massage à picots lunettes de soleil porte-monnaie porte-feuille porte-clés

L’inventaire du contenu de mon sac

Personnellement, ce sera mon sac car dans mes poches, si j’en ai, généralement il ne s’y trouve guère que trois choses :
– quelques mouchoirs blancs jetables pliés au carré
– un trousseau de clés avec un porte-clés en forme de tong de couleur rose et qui sert en même temps de lampe-torche
– de l’argent en menue monnaie et quelques billets de banque.

Remarquez, on peut toujours trouver une quelconque manière de décrire un objet puisqu’il est fait de forme et de matière. Mais on risque d’être très vite limité lorsqu’il s’agira de passer à la narration pour lier l’objet à un souvenir, si ce n’est un objet fétiche que l’on emporte toujours avec soi dans sa poche. Ce qui, vraisemblablement, n’est pas mon cas.
Alors j’ai choisi de prendre mon sac pour cette histoire de listes. Je dois avouer que je n’y range pas une tonne de choses non plus dans mon sac à main. Une liste assez sommaire. Déjà, exit les produits de beauté. Le strict minimum, un baume à lèvres. Pour le reste, j’ai – et je sors un à un les objets dans mon sac : des feuilles de mouchoirs blancs jetables, un livre de poche – en ce moment, je suis en train de lire « Le sang de la trahison » de Hervé Jourdain -, une porte-monnaie, un portefeuille, une pochette, un stylo bleu, une écharpe, un carnet de notes, un éventail, une petite statuette Ganesh, une boule de massage à picots en bois, une pince et une élastique pour les cheveux, une paire de lunettes de soleil et un petit paquet de nettoyant optique. Ce n’est pas beaucoup mais c’est déjà pas mal, non ?

Une fois ma liste dressée, j’entre dans le vif du sujet : choisir un élément parmi les objets répertoriés, l’isoler, puis le décrire « de la façon la plus neutre et la plus distanciée possible » (dixit l’auteur Faly Stachak). Par la suite, une fois la description effectuée, raconter tout ce qui me lie à cet objet de manière subjective – en somme, en faire ressortir le souvenir qui s’y rattache et les sentiments qui y sont associés.

L’objet élu : ma pochette.

Allons-y pour la description !

La pochette est posée sur la table de mon bureau, plus précisément couchée sur mon livre d’apprentissage de l’écriture que j’ai laissé à demi-ouvert, sur la page même de l’exercice que je suis en train d’accomplir maintenant.
La table de mon bureau est assez encombrée, ou je dirais même très… enfin, c’est un fouillis : deux cahiers et un carnet de notes qui se chevauchent sur ma droite ; sur ma gauche, un agenda et un autre carnet ouverts qui se chevauchent également intercalés de paperasses en tout genre, une montre-bracelet avec une lanière en cuir vieilli qui attend toujours que j’en change la pile, une lampe de chevet en céramique avec son abat-jour en tissu couleur jaune nuance topaze qui a besoin d’être un peu dépoussiérée ; en face de moi mon ordinateur, avec à son pied des tas de bouts de papiers griffonnés – certains au stylo, d’autres au crayon -, ma gomme blanche qui n’est plus blanche que de nom et qui visuellement présente des couleurs entre gris clair et gris foncé à quelques endroits, un goody Patrick l’étoile, le copain de Bob l’éponge (vous voyez qui sont-ce ?), que mon fils a laissé traîné là et qui ne veut plus me quitter, ou plutôt son mignon sourire ne veut plus me quitter… Bref, j’ai une table de bureau qui ferait scandaliser le plus maniaque de l’ordre.
Et la pochette alors ? 
Une belle pièce rectangulaire zippée d’une traite sur trois côtés, fabriquée de façon artisanale. Elle est composée de deux belles matières, en cuir de zébu et en raphia. La matière en raphia se présente en deux tons de couleurs intercalés : l’un, de couleur grenat tressé finement et serti de fil doré, l’autre de couleur beige et marron clair et d’une forme un peu plus grossière. La pochette est dotée d’une dragonne en cuir de zébu sur le côté haut à gauche, avec une base presque en forme de coeur, le tout surpiqué simplement mais cela lui donne un joli rendu. Sur l’autre face de la pochette, sur le côté droit et sur la largeur, est cousue une pièce en cuir présentant un aloalo (L’aloalo est un ornement de tombeau fait de différentes pièces de bois sculpté chez les Mahafaly, une des 18 ethnies que forme la population malgache).

bureau fouillis livre pochette lampe

Vue sur mon bureau et en particulier sur ma pochette en artisanat malagasy

Description faite, passons à la narration !

Cette pochette… ma fameuse pochette… 
Elle représente un merveilleux souvenir pour moi bien qu’elle évoque en même temps une dure séparation. J’allais quitter Madagascar, mon pays natal, pour partir vivre au Chili. 
C’était une belle journée ensoleillée d’un mois d’octobre de l’année 2010. Une petite foule de jeunes étudiants et une poignée d’enseignants – que l’amour et la passion autour de la langue de Cervantes avaient réunis – s’étaient retrouvés dans un lieu habitué à l’effervescence de l’ambiance à l’espagnole. La villa 22.
Ce jour était plus que particulier et j’en avais été le centre d’attention. Si ce n’était pas une fête d’adieu – car on espère un de ces jours revoir ce petit monde – c’était pour moi une fête de départ. La joie de voir réunis mes collègues et mes étudiants en ce lieu de fête était immense dans mon coeur même si probablement je n’étais pas exubérante en apparence. J’avais le coeur un peu serré à la pensée de quitter mes anciens profs puis collègues – « ray aman-dreny de coeur » -, et mes anciennes et anciens camarades de cours puis collaboratrices pour certaines – « frères et soeurs de coeur », et mes étudiantes et étudiants – « petits frères et petites soeurs de coeur ». Celles et ceux avec qui j’ai partagé des moments de sourire, de rire, d’amusements, de sérieux, de tristesse, quelques fois d’agacement – des deux côtés, entre prof et étudiants, eh oui ça arrive, n’est-ce pas ? Je dis cela mais sur une vue globale, je n’avais pas à me plaindre. Je n’ai pas souvenir d’avoir eu des étudiants trop dissipés ni tellement indisciplinés. Au fond, nous avions une relation de respect mutuel.
Ainsi, en ce jour radieux de mois d’octobre, j’allais dire au revoir à mon environnement professionnel, à mes collègues, à mes collaboratrices qui sont de réelles et fidèles amies de longue date, et à mes étudiants.
Mais, quelle relation dites-vous avec la pochette ?
Cette pochette est l’objet que mes chers étudiants avaient choisi pour que je me rappelle à chacune et à chacun d’entre eux une fois que j’aurai franchi le pas de la porte de la Villa 22 pour aller découvrir d’autres horizons.
Choix très judicieux, l’objet est pratique, l’objet est esthétique, mais surtout l’objet est symbolique.
Pratique, elle tient une bonne place dans mon sac à main à chaque fois que je pars en déplacement car elle garde précieusement ce qui contient mon identité ainsi que celle de ma petite famille.
Esthétique, elle montre mon appartenance à une belle culture et ainsi je suis fière d’exhiber ma pochette en artisanat malagasy.
Symbolique, elle est un rappel de la jolie relation que j’avais entretenue pendant ces quelques années avec mes étudiant(e)s à l’UFR Etudes Hispaniques, au sein de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines à l’Université d’Antananarivo Ambohitsaina, et même en dehors de son enceinte.
Cette pochette est non seulement un souvenir, elle est un accompagnateur. Chaque moment que j’avais passé avec elles et eux – ces jeunes gens qui sont maintenant des adultes responsables et qui me semble-t-il ont bien tracé leur route malgré les difficultés qu’ils ont certainement pu et dû rencontrer -, et bien chaque moment me revient à l’esprit juste à la vue de cette pochette. 
Des bribes de souvenir agréables à se rappeler.
J’espère que ces moments sont également partagés par elles et eux, et qu’elles et ils gardent pareillement un bon souvenir des années que nous avions passées ensemble dans ces salles de classe parfois dénuées de confort.

Voilà, ce petit voyage au pays de la nostalgie s’arrête ici. J’ai eu un pincement au coeur lors de la rédaction de ce récit – dont je n’avais absolument pas idée à l’avance de ce qu’il pourrait contenir – et au souvenir de quelques belles images qui sont me revenus à l’esprit. L’écrire fut un vrai moment de plaisir.

Je dédie ce texte sans exception :
– à mes anciennes étudiantes et mes anciens étudiants de la Fac
– à mes anciens profs et collègues
– à mes deux dévouées collaboratrices du secrétariat mais surtout fidèles amies
– à tous mes ami(e)s et ancien(ne)s camarades de fac
– à mes regrettés amis Hanitra et Charles.
Citer tous les noms serait trop long mais chacune et chacun se reconnaîtront dans mon message.

Prenez soin de vous et soyez heureux dans la bienveillance et dans la gratitude.
Malgré le temps qui passe et la distance qui éloigne, je ne vous oublie pas.

Et deux mots pour conclure : MUCHAS GRACIAS.

10 Comments

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10 Responses to Inventaire de mon sac – l’objet élu : ma pochette en artisanat malagasy

  1. Rohy Ramalanjaona

    « petits frères et petites soeurs de coeur », « Villa 22», « Charles»….. <3
    Muchas gracias Aline !
    Tantos recuerdos que nos dejaste y que no caben en esas paginas
    Me enorgullece tenerte de profe, haber compartido contigo aquellos años en la Uni y también fuera del ambiente estudiantil. Te has convertido en una gran amiga.

    Te deseo todo lo mejor en tu aventura y en la vida.

    Un fuerte abrazo desde Tana <3

    • Muchas gracias por tu comentario Rohy, tus palabras me conmueven mucho ¿ lo sabes ? <3
      Los recuerdos son recíprocos y siempre tengo mucho placer acordarme de los momentos pasados juntos, máxime considerando que contigo en particular y con vuestro grupo, he tenido mucha afinidad.
      Igual, me enorgullece haberte tenido de estudiante y luego como hoy día de gran amigo.
      Nuestra relación franqueó las barreras de la Uni para seguir afuera y de eso quedo complacida.

      Mil gracias por tus deseos querido Rohy y suerte en tu vida, mereces toda la felicidad del mundo.

      Un fuerte abrazo a tí y a tu angelito <3

      • Rohy Ramalanjaona

        Tantos son los recuerdos imateriales como materiales, entre ellos, aun tengo en mi cuarto el adaptador usb, los libros de expresiones y la mochila del viajero, que me servia mucho en los viajes cuando era guia.
        Espero algun dia volvernos a encontrar 🙂

  2. Tovony

    Qué historia se mueve Alina 😉 :-*

  3. Marcelle

    Misaotra betsaka mahatsiaro, Aline. Tena voafehinao tokoa ilay teny frantsay sy ny fanoratana ary fitantarana. Izaho koa manana fiarakely miloko mavokely sy maintso izay efa nihavasoka noho ny taona, ahatsiarovana anareo hihihi. Dia angamba tsy adinonao koa ilay elo rajoely sy fehitenda. Mirary soa dia manantena mbola hifankahita indray andro any. Marcelle.

    • Tsy misy fisaorana, Marcelle.
      🙂 Faly aho raha mbola misy zavatra tsapain-tanana ahatsiarovana na dia vasokin’ny taona aza.
      Eny, ny fahatsiarovana tsy mba lefy satria maro dia maro tokoa ny fotoana niarahantsika roa, izay nahafinaritra daholo ary tsy mba tsaroako nisy fifamaliana 🙂 Maro ny zavatra nifampizarantsika sy ny fanampiana nomenao ahy. Teo ny hafaliana, teo ihany koa indrisy ny fahoriana.
      Tsy adino ilay elo Rajoely sy fehitenda ka 🙂 saingy tsy nisy antony moa nahafahako niresahana azy tato anatin’ity lahatsoratra ity. Miasa tsara mihitsy indrindra ny fehitenda rehefa ririnina, dia manina anao sy Suzel aho. Dia tena mety mihitsy ilay teny hoe « fahatsiarovana ».
      Mirary soa anao ihany koa dia torak’izay, manantena mbola hifankahita aty aoriana. Oroka sy fihina mamy. Aline

  4. Bonjour Alina, je suis tombée par hasard sur ton blog et j’adore ta manière d’écrire. Etant également blogueuse, j’admire et encourage. 🙂

    • Bonjour Fenosoa,
      Aaah super que ton chemin ait croisé le mien, comme quoi le hasard !
      Ton compliment me touche et j’en suis heureuse si ma façon d’écrire « te parle ».
      Et merci beaucoup pour ton encouragement 🙂
      Et je vais, de ce pas, faire un tour sur ton blog ! 🙂

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